RAMBOUILLET (Yvelines)


RAMBOUILLET

Mercredi 23 août 1944 – Rambouillet

Galopade à tombeau ouvert vers Paris. La division se rue sur les routes. Elle a des ailes.
Le Général est rentré du Groupe d’armées hier soir après le dîner. Il a aussitôt alerté tout l’état-major et donné ses ordres de mouvement pour les premières heures de la matinée.

Nuit agitée. Pluie. Réveillé toutes les demi-heures par Pierre ou Paul.
Nous démarrons en pleine nuit, en voltige, car personne n’a réussi à être tout à fait prêt à l’heure dite.
A cinq heures du matin, le général Gerow a téléphoné pour demander au Général de partir sur le champ. C’est un comble ! Après nous avoir fait poireauter pendant quatre jours, il aurait voulu faire avancer le départ d’une demi-heure !
La conversation téléphonique se termine en queue de poisson.

Nous fonçons sur Rambouillet avec 5 autos-mitrailleuses, deux scout-cars et les officiers du P.C. avancé.
Le temps est assez beau. Il n’y a presque personne sur la route, population sympathique mais calme.
Nous atteignons Rambouillet à 13 heures, Savelli en tête dans sa jeep.
Nous y trouvons une patrouille de spahis du colonel de Guillebon et le colonel de Chevigné. Nuée de reporters que le Général houspille un peu.

23 août 1944.

A l’entrée de Rambouillet, la grande silhouette familière d’un officier de spahis, le lieutenant Bergamain, nous attend. Le détachement de Guillebon a reçu hier soir par radio l’ordre de prendre le contact « par le feu » et de renseigner le Général à son arrivée : ainsi seulement ce dernier pourra-t-il, dans la confusion des informations contradictoires, trouver une base solide à ses décisions.
Bergamain est couvert de sang. A 3 kilomètres à la sortie de Rambouillet, sur la route de Trappes, son char de tête a rencontré les chars allemands : ils sont dans la région au moins une quinzaine, appuyant une défense qui semble cohérente.

Pendant que les radios arrêtent les colonnes, qui suivent sur ses talons le Général parti en tête, puis leur distribuent quelques ordres de déploiement, nous complétons rapidement les données un peu brutales de la « reconnaissance par le feu ». Voici Guillebon lui-même, qui a essayé la route d’Orléans jusque vers Arpajon : la résistance semble se diluer vers l’est et le Général oriente immédiatement vers cette zone le groupement auquel il entend confier l’effort principal, celui du colonel Billotte.
Puis, après avoir surmonté quelques barrages un peu trop curieux nous sommes à l’abri de la grille du parc, et nous donnons audience sous les arbres séculaires. Les agents de renseignement, tous volontaires, ne manquent pas : certains vont s’avérer excellents, et lorsque, sa manoeuvre prenant corps, le Général voudra préciser quelques points, plusieurs partiront dans les lignes pour revenir au cours de la nuit avec les réponses à toutes nos questions.

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23 août 1944.

Le Général va plonger de l’avant, portant son attaque de deux bases écartées de 30 kilomètres et, au début, sans liaison l’une avec l’autre : Rambouillet et Arpajon.

Il poussera simultanément la vigueur et la vitesse des deux colonnes au cœur de la place, où en convergeant elles s’épauleront :
après seulement elles achèveront le travail laissé en arrière.

D’Arpajon, le colonel Billotte remontera en suivant la direction générale de la grand’route d’Orléans, cherchera à droite et à gauche les chemins les plus favorables, mais ne pourra beaucoup s’en écarter sans risquer de tomber dans les pièges d’Orly et de Palaiseau.

De Rambouillet, le colonel de Langlade, passant entre les deux points d’appui de Trappes-Saint-Cyr et du plateau de Saclay, progressera par Toussus-le-Noble jusqu’à la vallée de la Bièvre, qu’il traversera vers Jouy-en-Josas pour gagner ensuite, par Villacoublay, Clamart et le pont de Sèvres. Le colonel Dio, pour l’instant en réserve, suivra dans le sillage de Billotte tandis que Morel-Deville fera devant Trappes le maximum de volume pour y fixer l’attention.

A 18 heures, le général de Gaulle arrive à Rambouillet.
Le général Leclerc lui expose son problème militaire, lui soumet ses décisions.
Chez le général de Gaulle, on aurait pu s’attendre à voir réapparaître les réflexes du métier, s’ébaucher quelques remarques dans le vif du sujet. Son regard s’était seulement porté un peu plus loin, il s’était borné à ajouter : « Vous avez de la chance !… »
Mais l’objectif qui remplit sa pensée, qui est devenu sa pensée même, le reprend vite dans l’exigeante gravitation qui se décuple au rythme de l’approche. Il demande à être renseigné sur nos progrès minute par minute.

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A 9 heures, le 24 août, ayant dépassé Rambouillet d’une douzaine de kilomètres, de Guillebon est à Dampierre-en-Yvelines.

Il découple son détachement qui essaie de progresser en direction de Versailles par Trappes et Guyancourt, lui-même tente sa chance en direction de Longjumeau sur la RN 20.

Devant Trappes, à L’Agiot, les A.M. du 4e escadron de spahis du capitaine Savelli sont prises à partie par une quinzaine de chars ennemis qui tiennent solidement et patrouillent la RN 10. Les Calots rouges subissent des pertes.

De même sur l’autre itinéraire, à Voisins-le-Bretonneux, l’ennemi contre-attaque rudement par trois fois.

A première vue, la direction de Chevreuse et de Châteaufort paraît plus accessible.
Pour la nuit les éléments du détachement se regroupent à Dampierre et à Saint-Lambert.

Précédant le gros de sa division, Leclerc s’est installé au château de Rambouillet.
Dans l’après-midi, il diffuse aux responsables des groupements tactiques son ordre d’opérations pour le lendemain :

 

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La difficile entrée des Américains dans Rambouillet

Le Parisien – 19 août 2014

La difficile entrée des Américains dans Rambouillet

Les derniers jours du mois d’août 1944 furent marqués par de terribles combats entre les Allemands et les forces alliées dans les Yvelines. Toute la semaine, nous revenons sur ces longues heures qui ont conduit à la Libération.

Cinq jours se sont écoulés avant que les Américains puissent pénétrer enfin dans la ville de Rambouillet, libérée des troupes allemandes le 20 août 1944. Les Américains qui avaient passé Chartres (Eure-et-Loir) se sont positionnés à Gazeran quelques jours. Le 16 août 1944, une petite troupe d’avant-garde entre dans Rambouillet et passe par la rue Gambetta. Mais elle est aussitôt prise sous le feu des Allemands avant de faire demi-tour et de retourner à Gazeran. A la suite de cette première percée, les Allemands prennent six personnes en otages pendant deux jours, dont l’abbé de la ville.

Ernest Hemingway avec la 7 e DB

Le 18 août, une nouvelle expédition est lancée. « Ils arrivent par la route de Gazeran mais, à l’entrée de la commune, les Allemands ont érigé une barricade avec des canons, et les attendent », déclare Roger Dannacker, président de l’Union des associations patriotiques de Rambouillet (UAPR). Un coup de canon est tiré et passe sous la Jeep des Américains. Des échanges de tirs ont lieu, et plusieurs soldats américains meurent. Les survivants, eux, rejoignent Gazeran en rampant dans le fossé qui relie les deux communes.

Dans la nuit du 18 au 19 août, les Allemands décident de quitter Rambouillet. « Les membres de la Résistance préviennent à temps les Américains avant qu’ils ne lancent le bombardement de la ville par leur artillerie », explique le président de l’UAPR. Et les Américains font leur entrée le 20 août. « Les soldats nous donnaient des chewing-gums et, le soir, il y a eu un bal devant la mairie. Je n’avais pas besoin de soldats pour m’inviter ce soir-là, j’avais suffisamment d’amis avec qui danser », plaisante Yvonne Picard, âgée de 16 ans à l’époque.

Au sein de la 7e division blindée américaine se trouve un correspondant de guerre, grand écrivain, Ernest Hemingway. « Il s’est arrêté au Relais du château, qui s’appelait à l’époque le Grand-Veneur, et il a dû s’attaquer aux caves de l’hôtel avec ses amis avant de repartir le lendemain à Paris », confie avec un sourire Roger Dannacker.

Quelques jours plus tard, la 2e division blindée dirigée par le général Leclerc fait son entrée dans la ville.

Le 23 août, c’est le général de Gaulle qui investit le château de Rambouillet et y signe l’ordre de marche de la 2 e DB pour libérer Paris.

Demain. Le 19 août 1944, un pilote américain est abattu au-dessus du bois de Verneuil.

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