FLEURÉ (Orne)


FLEURÉ (Orne)

Face à 3 Panzer Division :

– La 9éme, occupant la forêt d’Ecouves,

– la 116ème, dans le secteur Ecouché, Argnetan, Sées,

– la 2ème, à l’ouest dans le secteur Carrouges, Ciral

 

L’étau

En trois jours de combat, dont le rythme s’était progressivement précipité pour aboutir à ces ruées sauvages qui zébraient le pays dans les sens les plus inattendus, épaulée à droite par la 5e Division blindée américaine, qui avait progressé jusque devant Argentan (qu’elle n’avait cependant pu prendre), la Division s’était avancée comme la mâchoire d’un étau jusqu’à l’Orne, à 30 kilomètres des Anglais qui, du nord, attaquaient Falaise.
Nous étions suivis par les deux divisions d’infanterie du Corps, 79e et 90e, que va bientôt rejoindre la 8oe. Dès le 13 après-midi, et nos ordres nous interdisant d’aller plus loin, nous pouvons ainsi resserrer notre dispositif pour occuper un front en équerre, dont Ecouché est le pivot.
Sa branche nord s’étend jusqu’à Argentan, dont elle surveille les lisières (nos spahis y pénétreront même un instant, laisseront un drapeau à la mairie, mais devront se replier devant des chars trop lourds).
Sa branche ouest descend jusqu’à Carrouges : le 15, après l’arrivée des Américains dans cette ville, elle se rétrécira jusqu’à Boucé.

Cette image de charpentier ne doit cependant pas évoquer une ligne continue et solide, séparant sans équivoque amis et ennemis.
Sur notre périmètre nous occupons les points-clefs : l’un d’eux, à Fleuré, à 1 kilomètre au sud d’Argentan, dont il surveillait les sorties de la gare, est tenu par le Général lui-même, qui s’est adjoint les chars de Vitasse.

Entre eux, nous sommes «à peu près » maîtres des itinéraires, sans qu’on sache très bien où s’arrête cet à peu près. Un petit convoi sanitaire qui rejoint après avoir évacué ses blessés tombe par exemple aux mains de l’ennemi. Celui-ci se pique cette fois de galanterie : ce sont des femmes, dures et courageuses, qui conduisent nos ambulances. Obligé de s’enfuir à son tour, il laisse sur place Mme Torrès, n’exigeant d’elle que la promesse de lui laisser deux heures de champ avant de prévenir qui que ce fût.

L’Allemand, à moins de tout abandonner et de filer de nuit à travers champs (quelques-uns le feront et nous assisterons souvent au matin à d’impitoyables chasses à l’homme derrière les meules ou les haies), ne pouvait donc aller bien loin. Le plus souvent, il restait terré dans ces forêts, que nous nous étions contentés les premiers jours de parcourir de deux ou trois coups de lardoir : l’infanterie américaine devra pendant toute une méthodique semaine l’en déloger quartier par quartier.

D’autres fois, cependant, un officier groupait quelques chars et quelques véhicules, faisait ses pleins. Dans le brouillard du matin, la colonne débouchait comme une taupe au soleil : le 14, celle du capitaine Jess, qui s’était maintenue jusque-là à la Lande de Goult, défile ainsi en zigzag sur tous nos arrières, se heurte à nos sapeurs qui reconnaissent l’Orne, reflue sur Mortrée, où elle emprunte carrément la grande route. Son vacarme alerte les spahis, qui n’hésitent pas à la poursuivre avec ce petit obusier de 75 sur chenilles que nous baptisons poétiquement « lance-patate ». Elle essaime ses chars et ses half-tracks. Avant d’être elle-même détruite, elle avait mitraillé aveuglément sur son passage. Entre d’autres, le chef d’escadron Blanchet, vieux compagnon de Syrie — de plus actif, de plus lucide, de plus vivant il n’y en a pas — était sauté de sa Jeep pour faire face à cette inattendue et sombre ferraille ; nous le relèverons un peu plus tard, une rafale en pleine poitrine.

Surtout, il y avait le déferlement venu de l’ouest, cette marée d’unités en sauve-qui-peut, ignorantes de la situation, qui venaient buter sur nos postes. Quelques-unes se ressaisissaient, groupaient des moyens, montaient une attaque : Carrouges, Boucé, Ecouché seront ainsi durement pressés.
On les arrêtait, puis on ne résistait pas au plaisir de faire encore un pas en avant, d’aller les ramasser. Nous y verrons les spécimens de sept ou huit divisions, les paquets sournois des S.S.
Jusqu’à ce que, vers le 16, la montée de la 3e Division blindée américaine vers Fromentel et Batilly ait aligné notre redent.
Tout refluait vers le nord.

Après la stupeur d’Ecouché, l’arrêt brutal et l’embouteillage du trafic sur la Nationale 24 bis où le carnage de Buis avait été prolongé et amplifié par celui de l’aviation, les colonnes allemandes s’étaient infléchies tant bien que mal par les routes secondaires qui, passant entre Argentan et Falaise, les ramenaient à Trun, où elles retrouvaient une route nationale vers Bernay et la Basse-Seine.
Sur les plus méridionales de ces routes, jusqu’à Occagnes, notre artillerie va encore leur infliger des leçons sévères : au point qu’elles y renonceront presque complètement, même de nuit, pour s’engouffrer comme par un entonnoir sur le passage à peu près unique de Pierrefitte : l’aviation leur y laissera peu de répit.

Ce qui restait encore de ce trafic sera définitivement interrompu les 18 et 19 août par la jonction à Chambois du Ve Corps avec les Canadiens et les Polonais venus de Falaise. De notre côté l’opération, encore dure, partie de Bourg-Saint-Léonard et de la forêt de Gouffern, avait été menée par la 90e Division d’infanterie américaine : le groupement Langlade avait fourni sur sa droite l’appui blindé nécessaire. On avait vu, alors que la jonction était déjà assurée par les deux infanteries, une dernière et désespérée tentative, menée par une vingtaine de chars, dans la vallée au pied du village. Des deux versants de la Dive, que nous tenions, les artilleurs, dirigeant le tir des pièces mêmes, avaient fait de faciles cartons. Chambois restera dans notre souvenir le charnier type, celui où, pour ouvrir un passage aux véhicules, l’Américain, pratique, déblayait les cadavres au Bulldozer.
Entre temps, la 8oe Division d’infanterie américaine avait pris Argentan. A Ecouché même, le 18, la route venant de Fiers amenait la 11e Division blindée britannique. Les battle dress et les casques plats, qui évoquaient chez nous les premiers camarades et les combats d’Afrique, étaient arrivés en deux files qui, sans interrompre leur allure chargée et économe d’efforts, mais en détendant un sourire complice, avaient échangé avec nous leurs laconiques « Hello ». Nous nous étions écartés pour leur livrer passage sur le pont de l’Orne. De l’autre côté, ils s’étaient déployés, suivis de leurs chars. Bientôt, on avait entendu crépiter les mitrailleuses.

Nous étions libérés du contact, disponibles pour d’autres missions.

SOUVENONS-NOUS

Fleuré
(61 Orne) Monuments et vestiges
Monument général Leclerc Monument commémorant l’établissement du QG du général Leclerc à cet endroit pendant 12 jours, du 12 au 25 août 1944. Le général Leclerc avait initialement installé son poste de commandement sur une crête proche, d’où il pouvait observer Argentan, tenu par les Allemands ; la position étant trop exposée aux tirs de l’artillerie ennemie, il « consentit » à déplacer son QG dans ces herbages. Situation : au bord de la D2 au nord du bourg

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